La Grande Guerre
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Le Portugal dans la grande guerre 1914-1918

Par J.A. Ramalho de Mira



Le texte ci-dessous a été publié pour la première fois par la revue Historama, dans son numéro 335, d'octobre 1979. A mi-chemin entre un article historique et un témoignage (son auteur était  un dirigeant de la Liga dos Combatentes portugaise), il complète notre dossier sur Portugal dans la Grande Guerre et présente un point de vue portugais sur le sujet. 

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Le 9 mars 1916, l'ambassadeur d'Allemagne à Lisbonne présentait au gouvernement portugais la déclaration de guerre de son pays. La cause prochaine était la saisie des navires marchands allemands réfugiés dans les ports portugais, saisie faite à la demande du gouvernement britannique, qui avait invoqué l'alliance anglo-portugaise. 

Un corps expéditionnaire portugais (C.E.P.) est formé au Portugal et sa première tranche arrive en Flandres le 8 février 1917. Le C.E.P. comprenait deux divisions de trois brigades à quatre bataillons. Après un entraînement supplémentaire sur place, il rejoignait le secteur britannique, puisqu'il était soumis au commandant en chef britannique, maréchal Sir Douglas Haig. La 1re brigade occupe le 30 mai le secteur de Neuve-Chapelle ; la 2e le secteur de Ferme du Bois, le 16 juin ; la 3e le secteur de Fouquinet, le 10 juillet. Le 23 septembre, la 4e brigade, appartenant déjà à la 2e division, entre en secteur. Finalement, le 5 novembre, le général Tamagnini de Abreu prend le commandement du corps d'armée portugais et la responsabilité totale de la défense des lignes, comme commandant subordonné à la 1re Armée britannique.

A la demande du gouvernement français un groupe d'artillerie lourde est mis à la disposition du haut-commandement français. Ce groupe sera employé selon le critère de ce commandement. 

Le Portugal ne possédant pas d'aéronautique militaire, un aviateur portugais, le lieutenant Monteiro Torres, est intégré dans  les forces aériennes françaises. Il est abattu après un combat glorieux et meurt de ses blessures. Les Allemands l'ont inhumé avec tous les honneurs militaires parmi leurs propres aviateurs tombés dans le même combat. 

Déjà, le 25 décembre 1917, Sir Douglas Haig donne par écrit son opinion sur les troupes portugaises : "Pendant l'année en cours, le corps expéditionnaire portugais prend sa place dans les lignes de feu et, pendant plusieurs mois, se charge d'un secteur du front britannique. Bien que n'ayant pas été engagé dans les offensives majeures, les officiers et les hommes du C.E.P., se sont montrés de braves et utiles soldats, pendant le déclenchement de plusieurs raids et actions secondaires". 

Le manque de transports maritimes et l'éclatement d'une épidémie de typhus exanthématique parmi les troupes qui se préparaient au Portugal pour partir vers le front retardent la relève des effectifs du C.E.P., qui avait entre-temps subi de lourdes pertes. 

La situation devint intenable et un accord est conclu entre les gouvernements portugais et anglais, prévoyant la relève des troupes portugaises par des troupes anglaises, à partir du 27 mars 1918. La grande offensive allemande du 21 mars va rendre impossible la relève ainsi accordée. Le 6 avril, le général Harking assume le commandement du XIe corps d'armée britannique et, ce même jour, visite les lignes portugaises ; voyant leur fatigue, il prend la décision de les faire relever à partir du 9 avril. 

Il n'en sera rien puisqu'à l'aube de ce même jour, les Allemands attaquent les trois divisions anglo-portugaises avec huit divisions en première ligne et quatre divisions en deuxième ligne, faisant porter l'effort maximum sur le centre, tenu par la 2e division portugaise. 

Ce combat sera nommé "la bataille de la Lys". 

Les troupes portugaises s'accrochent au terrain et tiennent jusqu'à la soirée du 9 avril. Dans les positions Les Lobes et Loisne, la résistance dure jusqu'au matin du 11 avril. Des troupes fatiguées, attendant à tout moment leur relève, sont ainsi soumises à l'attaque de forces très supérieures et essuient une défaite tactique avec enfoncement de leurs lignes, malgré leur tenace et héroïque résistance.

Citons encore Sir Douglas Haig. Dans son rapport du 20 juillet 1918 on peut lire : "Je désire également exprimer ma haute opinion du comportement des troupes portugaises, lesquelles pendant tout l'hiver de 1918, se chargèrent d'un secteur de mon front, et qui, le 9 avril, durent supporter l'attaque de forces considérablement supérieures". 

Dans son oeuvre le Ministère Clemenceau (Tome I, pages 180-182) le général Mordacq nous donne le témoignage suivant : 

"De Béthune, nous allâmes, en auto, visiter le secteur occupé par les Portugais. Le président tenait tout particulièrement à parcourir ce front car déjà, à ce moment, couraient certaines légendes, qui depuis, surtout à la suite de l'échec subi par les Portugais le 9 avril 1918, n'ont fait que croître et embellir... 

Nous parcourûmes successivement  la première position, puis la deuxième (région de la Couture) ; nous fûmes très frappés des travaux qui y étaient exécutés. Partout des réseaux de fils de fer excessivement denses, ne répondant pas comme tracé et dispositif général à ceux en usage chez les Français et les Anglais, mais paraissant tout au moins aussi pratiques ; des abris camouflés et protégés pour le personnel, des emplacements de batteries bien organisés avec sapes pour les servants ; enfin, les villages et hameaux constituaient  des points d'appui solides, flanquant très habilement et très pratiquement les tranchées intermédiaires. La deuxième position était en bonne voie d'exécution...

A Saint-Venant, nous fûmes reçus par le général Tamagnini, commandant du corps expéditionnaire portugais. La visite fut assez courte ; mais le président tint à faire part au général de la bonne impression qu'il emportait de sa tournée de la matinée...

C'est en effet ce qui arriva le 9 avril 1918 : on se rappelle qu'ils furent attaqués en pleine relève et complètement enfoncés. Prévoyant cette attaque, le commandant portugais avait demandé instamment, depuis plusieurs semaines, au haut-commandement anglais de faire relever les troupes épuisées par un trop long séjour dans les tranchées. Pour des motifs que j'ignore, on n'avait pu donner satisfaction à cette demande et, quand on se décida, les Allemands attaquèrent les Portugais qui, à bout de force, se défendirent vaillamment mais succombèrent après avoir subi de très lourdes pertes". 

Après le 9 avril, les troupes portugaises s'installent d'abord dans la zone de repos Desvres - Samer. Dès le 13 avril, les 1re et 2e brigades prennent position dans le nouveau front (Lillars - Steenberg), attachées aux XIVe et XVIe divisions britanniques. Le 16 juillet, toutes les troupes portugaises étaient regroupées dans une division qui servait de réserve au corps d'armée britannique. Cette division prend part à la grande offensive de Foch. Le général Tamagnini est remplacé par le général Garcia Rosado. 

Le 11 novembre, le Portugal avait sur l'Escaut 3 bataillons, 3 groupes d'artillerie légère, 11 groupes d'artillerie lourde, 3 compagnies de sapeurs-mineurs et 1 compagnie de sapeurs des chemins de fer. Cette unité, la plus avancée de toutes, se trouvait en Belgique. 

Au total, les effectifs portugais qui se sont battus en France comptèrent 3.374 officiers et 51.709 hommes. La Croix Rouge portugaise a maintenu un hôpital de base avec 54 infirmières. 

Les pertes du C.E.P. ont été les suivantes. Morts : 74 officiers, 2.012 hommes ; blessés : 256 officiers, 4.968 hommes ; prisonniers : 270 officiers, 6.408 hommes ; évacués par raisons de santé : 439 officiers, 6.840 hommes. 

Tous les morts portugais ont été réunis dans le cimetière de Richebourg l'Avoué. Ces tombes témoignent encore aujourd'hui du sang portugais versé pour la défense de la France.

 © Anovi - 2003