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La Grande Guerre |
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L'armée portugaise au combat
En mai 1917, la zone des opérations du C.E.P. comprenait une vaste région traversée par la rivière la Lys, affluent de lEscaut. Une immense plaine humide coupée de canaux et de drains qui se transformait en un énorme bourbier à loccasion des pluies. Cétait des terres basses, argileuses où leau affleurait. Elle était formée par un couloir entre Arras, à droite, et Armentières à gauche, couloir limité par les hauteurs de lArtois et par les monts des Flandres ( Kemmel, Mont Noir, Mont Rouge) de 70 à 150 mètres daltitude. Le 11 mai 1917, le premier bataillon lusitanien entrait dans les tranchées du secteur à responsabilité portugaise. Le front nexcéda jamais 18 kilomètres. En avril 1918, il était denviron 11 kilomètres. La limite nord se situait à 3 kilomètres à lest de Laventie et la limite sud était à 2,5 kilomètres à louest de la Bassée. A louest du front, la limite nord du secteur était constituée par la Lys, et la limite sud était formée par le canal de la Bassée. Le flanc droit portugais était occupé par la 55e division britannique et le flanc gauche par la 40e division (voir la carte du secteur portugais). Le secteur était organisé en trois lignes de défense désignées A, B et C, dune profondeur maximum de 2.000 mètres. La ligne A, ou ligne avancée, était constituée par une tranchée continue tenue en différents points par une garnison réduite. Cétait une ligne dobservation protégée du front par trois rangées de fil de fer barbelé de 3 mètres de large et espacées de 10 mètres. Cette ligne A, ligne de front, serait abandonnée lorsque les bombardements ennemis deviendraient insoutenables. Près de la ligne A existait une ligne dappui constituée par des postes darmes automatiques. La ligne de front allemande se trouvait à une distance de 80 à 250 mètres de la ligne de front portugaise. La zone intermédiaire ("no man's land") était constituée de cratères remplis de boues et deaux nauséabondes creusées par les grenades ou les bombes. La ligne B se trouvait à une distance de 300 à 800 mètres derrière la ligne A. Cétait une ligne dappui continue protégée par une zone de 3 mètres de fil de fer barbelé, constituée comme une ligne de résistance des postes avancés. Cette ligne comportait des travaux de tranchées et disposait de mitrailleuses lourdes installées dans des abris et bien camouflées. La ligne C, ligne discontinue, était constituée de plusieurs réduits avec des dépôts de munitions, vivres et eau. Elle devait récupérer les troupes obligées de reculer et servait de base de contre-attaque. Il y avait derrière la ligne C, une ligne "de villages" à environ 3 à 4.000 mètres en arrière de la ligne A et à 1.000 mètres de la ligne C. Elle était constituée dimportants ouvrages de fortification établis autour des ruines des vieux villages, avec abris pour les mitrailleuses lourdes et les mortiers. La ligne des villages passait par Epinette, Saint-Vaast, Richebourg, Croix-Barbée, Rouge-Croix, Laventie. Les batteries dartillerie de campagne se trouvaient derrière la ligne des villages. Personnels et dépôts étaient installées dans des abris en tôle ondulée en forme de tunnel, revêtus avec des sacs de terre. A 3.000 mètres en arrière des lignes de villages se trouvait une ligne de corps, constituée de réduits qui couvraient les passages sur la Lawe à Vielle-Chapelle, la Couture, Locon, la Fosse et au pont Riqueul. La zone de défense portugaise était divisée en trois secteurs : la ferme du bois à droite, le secteur de Fauquissart à gauche, et le secteur de Neuve-Chapelle au centre. La largeur du front avait conduit les commandements britannique et portugais à engager les deux divisions portugaises sur les premières lignes. A partir de janvier 1918, la situation du C.E.P. saggravait considérablement à cause de la diminution constante des effectifs en raison des blessures, de la fatigue et du manque de sommeil et de labsence de renforts venant du Portugal. Un repos absolu et prolongé de lensemble du C.E.P. était indispensable mais la situation des Alliés ne permettait pas larrivée de troupes fraîches. Le commandant de la 4e brigade dinfanterie disait, fin mars 1918 : "Il est impossible de continuer à dépenser la même énergie physique parce que les limites de la résistance sont atteintes et il est naturel que dans ces conditions le moral commence à sen ressentir parce que les officiers et les gradés manquent et parce que les soldats nont plus lexemple de leurs supérieurs". Un commandant dune compagnie de sapeurs mineurs relevait "quil nétait pas possible de maintenir sur le front les soldats sans espoir de relève". Un médecin écrivait de même : "Les troupes sont fatiguées et malades , un grand nombre de soldats hospitalisés souffrent dasthénie et ce nombre ira croissant, un repos absolu et prolongé est nécessaire". Enfin le 6 avril 1918, le commandement décida de réduire les effectifs sur le front et, en attendant la relève par des unités britanniques, la 2e division portugaise prenait seule la défense du secteur, avec en réserve la 3e brigade de la 1e division .
Avec larrivée progressive des troupes américaines sur le front occidental, les Allemands étaient décidés à effectuer une grande offensive au printemps 1918. Le secteur envisagé était le secteur de la Somme car il permettait disoler les armées françaises des armées britanniques et de pousser en direction dAmiens, objectif stratégique. Loffensive déclenchée le 21 mars permis aux Allemands datteindre la ligne de Péronne, Nesle, Chaumy puis Albert, Montdidier et Noyon, mais lattaque entre Montdidier et Noyon fut infructueuse. Les armées allemandes essayèrent datteindre Amiens par le nord mais elles ny parvinrent pas. Elles avaient obtenu un succès tactique appréciable mais insuffisant sur le plan stratégique . Pour cette raison elles devaient profiter des avantages acquis pour entreprendre une nouvelle attaque plus au nord dans les Flandres. Cette attaque eut lieu le 9 avril dans la zone La Bassée - Armentières. Les Britanniques considéraient ce secteur comme relativement calme, avec une activité se réduisant à des bombardements réciproques et des raids de ladversaire. La configuration topographique du terrain se prêtait mal à des opérations de grande envergure. Lorsquen février et début mars 1918 des prisonniers allemands capturés par les Portugais apportèrent des renseignements révélant une possible dattaque allemande dans le secteur portugais, les Anglais ny attachèrent pas dimportance car ils ne croyaient pas à une attaque importante. En réalité les Portugais avaient observé des mouvements anormaux de lennemi. Dans leur journal de marche et opérations il est noté à la date du 5 avril : gros volumes de matériel transporté par lennemi ; et le 7 : déplacements dhommes Ces informations avaient été communiquées aux Anglais mais ceux-ci en tinrent compte trop tard. Le 6 avril à 7 heures, la 2e division portugaise fut informée oralement quelle était rattachée au XIe corps britannique (général Haking), avec la mission dassurer la défense de la ligne B et doffrir le maximum de résistance en cas dattaque. Selon le général Haking, "la division doit mourir sur la ligne B". Lordre écrit arriva dans la nuit du 8 au 9 avril. :
Un contre-ordre du commandement britannique avança la manuvre de relève au 9 avril avant 8 heures, si bien que le 9 avril, quand les Allemands attaquèrent, ils ne trouvèrent devant eux que le désordre. Lattaque allemande fut déclenchée à 4 heures 15 par un violent bombardement des secteurs britanniques et portugais. Pendant deux heures les Allemands concentrèrent les tirs sur les positions dartillerie et de mortiers, sur les postes de commandement puis sur les premières lignes. Vers 5 heures 30, le général Gomes da Costa donna lordre à la 3e brigade doccuper la ligne des villages. A 7 heures 45, la 152e brigade du XIe corps britannique vint occuper les défenses de La Couture et Huit-Maisons. A 8 heures 45, sur un front denviron 20 kilomètres, linfanterie allemande se rua sur les lignes luso-britanniques, fortement appuyée par lartillerie et les mortiers et protégée par un brouillard épais. Lartillerie allemande décalait son tir de 50 mètres en 50 mètres en arrière toutes les quatre minutes, parallèlement à la marche en avant de linfanterie allemande. En raison du terrain boueux, des grands trous et poches deau, larmée allemande progressait par petits groupes en colonnes pour éviter les cratères. Au bout de quatre heures de bombardement, lartillerie allemande avait complètement démantelé le système de défense des Alliés entre le canal de la Bassée et Armentières. Les Allemands considéraient que les points les plus fragiles du front se situaient aux liaisons entre les troupes britanniques et portugaises et cest dans le secteur de Fleurbaix, à gauche de la 2e division, défendu par la 119e brigade de la 40e division, que lattaque allemande fut la plus vive. A 9 heures les Allemands avaient atteint la première ligne et attaquaient vers Pétillon. Peu après 10 heures la 40e division se repliait sur le secteur Bois-Grenier, Fleurbaix et Sailly-sur-Lys. Vers 10 heures 15, les Allemands avaient atteint la localité Rouge-de-Bout dans le secteur anglais de la 119e brigade. La gauche du secteur portugais était ensuite contournée par le nord et les Allemands attaquèrent les postes de commandement de la 4e brigade qui se trouvaient en limite de la division . A 10 heures 30, la 2e batterie du 6e G.B.A. située à 200 mètres hors du secteur portugais, était prise. A 11 heures Laventie était prise aussi et le centre du dispositif portugais occupé par la 6e brigade était envahi malgré quelques points de résistance. Lattaque eut lieu également sur le flanc droit de la 2e division, dans le secteur portugais de la Ferme du Bois. Linfanterie allemande occupa la deuxième ligne vers 9 heures 30. Vers 11 heures lennemi atteignait les positions de batteries. En même temps, la gauche de la 55e division britannique était séparée des troupes portugaises et formait un front défensif face au nord. Vers 13 heures le Q.G. de la 5e brigade, situé au Cense-du-Roux, tombait à lennemi. Il y avait ainsi deux brèches dans la division portugaise, qui pouvaient très difficilement être colmatées. La 3e brigade de réserve venue en renfort sur la ligne des villages ne pouvait pas grand chose face à limportance des troupes allemandes. Vers midi les batteries dartillerie étaient dans les mains des Allemands. Selon le commandement britannique, il y avait le 4 avril quatre divisions allemandes dans le secteur compris entre le canal de la Bassée et la rivière de la Lys et seule la 81e division de réserve allemande se trouvait en face du secteur portugais le 8 au soir. Les Allemands avaient en réalité renforcé leur dispositif et le matin du 9 avril il y avait huit divisions allemandes en première ligne, quatre divisions en deuxième ligne et sept autres encore en arrière. Pas moins de dix divisions de réserve ont traversé le front du secteur portugais, dont six qui étaient en première et deuxième lignes. Vers midi, tandis que la 2e division se repliait de sa propre initiative en direction de Calonne, la 1e division reçu lordre de réunir tous les hommes qui se repliaient, à louest de la rivière Lawe et de défendre tous les passages sur la rivière . Dans laprès midi du 9 avril et le matin du 10, la défense luso-britannique se limitait à la défense de quelques postes : la Fosse, Richebourg, le Marais, Bout-de-Ville, Huit-Maisons et particulièrement la redoute de la Couture, où des forces dinfanterie du 13e et du 15e régiment britannique se distinguèrent. Le 10/4 à 10h45 ils durent se rendre. Dans la journée du 9 avril "La division portugaise devait mourir sur la ligne B" disait le général Hacking... "Esta cumprida a sentença !"
Les troupes portugaises, peu habituées à un climat rude, souffrirent beaucoup au cours de lhiver 1917-1918. La pénurie générale des effectifs avait obligé le commandement anglais, dont elles relevaient, à les laisser au front pendant des périodes beaucoup trop longues. Le Portugal était entré dans la guerre pour atteindre deux objectifs : le premier, immédiat, était de maintenir ses possessions en Afrique et le second, plus lointain mais important, était la reconquête de la place perdue dans le concert des nations européennes. Seule une action de combat de ses troupes avec un commandement portugais pouvait lui donner lassurance dune reconnaissance. Or les Anglais souhaitaient dabord avoir à leur disposition des travailleurs pour linstallation de lignes de chemin de fer, lentretien des tranchées, la pose des lignes téléphoniques etc. Les Britanniques, qui au début étaient opposés à la participation des Portugais, se montraient de plus en plus durs envers eux dans leurs appréciations et les officiers portugais souffraient du manque de confiance à leur égard . La relation de la journée du 9 avril par les Anglais a été injuste pour les Portugais. La ligne de front était taillée pour être défendue par quatre brigades alors que la division portugaise, qui devait également tenir la ligne des villages, nen avait que trois et quil ny avait pas de réserve. Le plan de défense du secteur portugais, imposé par le commandement britannique ne pouvait donc pas être appliqué correctement. Ni la division portugaise, ni la division britannique dans le secteur de la Lys nétaient en mesure de supporter la violence des attaques des nombreuses divisions allemandes. Voici un essai de bilan des troupes portugaises embarquées pour la France et des pertes militaires subies pendant la Grande Guerre. Ces chiffres sont extraits détudes réalisées par le service statistique et de létat civil du Corps Expéditionnaire Portugais (C.E.P.), et du Corps dArtillerie Portugais Indépendant (C.A.P.I.). Le détail de ces chiffres est consultable dans les pages consacrées aux pertes.
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