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La Grande Guerre |
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L'entrée du Portugal dans la Grande Guerre
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le Portugal s’était tenu à l’écart des conflits et rivalités pesant sur la scène européenne. Alors pourquoi entre-t-il dans la guerre en mars 1916 ? Il n’avait pas voulu la guerre et il ne s’y était même pas préparé ! La jeune république proclamée en 1910 commençait à peine à réformer les institutions militaires. Aucun esprit de revanche n’était susceptible de mobiliser l’opinion publique aux problèmes internationaux et européens. Par contre, de lourdes menaces qui s’inscrivaient dans le mouvement d’expansion colonial des grandes puissances européennes pesaient sur l’intégrité territoriale des colonies portugaises. En effet, en 1898, le Royaume-Uni et l’Allemagne avaient conclu des accords diplomatiques sur le partage des colonies portugaises d’Afrique. Deux conventions secrètes avaient été signées, puis avaient été confirmées en 1912. Le Royaume-Uni s’intéressait au Mozambique et voulait contrôler la route des Indes ; elle avait en outre le projet d’établir un axe le Caire - le Cap dont elle ait seule le contrôle. Pour l’Allemagne, qui ne cachait pas sa politique expansionniste, les territoires portugais du Mozambique et surtout de l’Angola étaient un objectif d’autant plus naturel que les territoires portugais étaient contigus aux colonies africaines allemandes. Lorsque des rumeurs sur le partage des colonies portugaises commencèrent à courir en 1912 dans les chancelleries et dans la presse, la diplomatie portugaise chercha à obtenir une confirmation officielle des accords d’alliance entre le Royaume-Uni et le Portugal qui garantissaient la défense de l’intégrité du territoire portugais ou de ses colonies. Malgré des confirmations verbales l’incertitude n’était pas levée et le nouvel accord anglo-allemand du 13 août 1913 rendait la menace de démembrement des colonies portugaises encore plus réelle. En septembre 1914, une partie de l’Europe était en guerre. Le gouvernement portugais décidait, dans le cadre de son alliance avec la Grande-Bretagne, de lui donner tout l’appui qu’il était possible et d’envoyer une "division auxiliaire" d’environ 22.000 hommes pour combattre à son coté. Le général Pereira de Eça, ministre de la Guerre portugais, considérait qu’une aide matérielle seule pouvait laisser croire à une neutralité apparente tandis que l’aide de quelques milliers d’hommes avec leur matériel valoriserait la participation du Portugal. Fondamentalement le choix stratégique du gouvernement portugais était la belligérance sous couvert de l’alliance anglaise, pour défendre ses colonies, garantir la reconnaissance de la jeune république et prendre sa place dans le concert des nations européennes. Opposé à l’engagement des troupes portugaises, le Royaume-Uni recommandait au Portugal de ne rien faire qui soit contraire à sa neutralité. Cependant, en 1915, le besoin de navires de ravitaillement devenait tellement urgent que sur demande expresse de l’Angleterre, le gouvernement portugais réquisitionnait les navires allemands mouillés dans les ports portugais et, malgré les tentatives de médiation, l’Allemagne cédait à la provocation et déclarait la guerre au Portugal le 9 mars 1916.
En mai 1911, la république avait décrété une nouvelle organisation de l’armée métropolitaine fondée sur le système milicien de la démocratie Suisse. Le système était caractérisé par la réduction au minimum de l’armée permanente ; deux contingents recrutés chaque année seraient appelés à effectuer des périodes d’instructions très courtes ("escolas de repitaçao") destinées à actualiser les connaissances militaires acquises dans les écoles de recrutement et à créer et maintenir aux soldats citoyens un esprit militaire indispensable pour garantir leur valeur à la guerre. Par manque d’argent le système fut suspendu de 1914 à 1915 à cause de l’organisation de la division auxiliaire, si bien que lors de la déclaration de guerre, la préparation de l’armée n’était pas bien réalisée. Ses interventions dans les mouvements politiques qui agitaient la vie interne du pays n’avaient pas permis non plus à l’armée d’avoir une préparation suffisante. C’est dans cette conjoncture que le gouvernement était autorisé à mobiliser et concentrer une division pour instruction au camp de Tancos, au sud de Lisbonne, et à convoquer les classes d’appelés nécessaires. Le général Fernando Tamagnini de Abreu e Silva, officier de cavalerie, était nommé commandant de la division d’instruction. L’efficacité de la formation fut telle qu’elle reçut la dénomination de "miracle de Tancos", à cause de l’énorme effort fourni pendant ces trois mois d’instruction intensive pour faire émerger une division organisée et équipée, capable d’entrer convenablement en campagne. Pendant qu’on travaillait dans les sphères militaires des deux nations alliées pour mettre en place les forces portugaises, survint le13 décembre 1916 le coup d’État d’un mouvement révolutionnaire mené par Machado Santos opposé à l’intervention militaire du Portugal. La répression fut rapide mais cela ne manqua pas d’impressionner défavorablement les Alliés. Dans l’atmosphère délétère où vivait l’armée, due à la politique et alimentée en public par la presse quotidienne, la division d’instruction terminait sa préparation et le premier embarquement de troupes pour la France avait lieu le 26 janvier 1917. Contrairement aux envois de troupes pour les colonies d’Afrique qui avaient été précédés de musique et fêtes et qui avaient vibré d’enthousiasme patriotique, les troupes du Corps Expéditionnaire pour la France embarquèrent à Lisbonne discrètement et presque en cachette. La destination était le port de Brest car il n’avait pas été possible de trouver un port plus au nord, plus près de la zone de concentration prévue dans les Flandres à proximité d’Aire sur Lys, dans le secteur de défense de la Ie Armée britannique commandée par le général Horne. Toutes les troupes devaient encore y recevoir une instruction supplémentaire dans des camps de formations et de perfectionnement créés sur le modèle des écoles d’instruction britanniques. Au total, durant dix mois, furent transportés par voie maritime 3.346 officiers et 52.421 sergents, caporaux et soldats, soit un total de 55.867 hommes, plus 7.783 chevaux, 1.501 voitures et 312 camions. Il y eut neuf convois de janvier à mai 1917 et huit de mai à octobre. Les convois étaient constitués par deux transporteurs de guerre portugais et sept transporteurs britanniques qui effectuèrent ensemble 65 voyages. L’escorte des convois était assurée par 14 destroyers de la marine de guerre britannique.
Au cours de réunions de la mission militaire franco-anglaise, en août 1916 à Lisbonne, pendant lesquelles s’échangeaient des impressions sur les problèmes d’organisation de la force expéditionnaire, on notait toujours de la part du chef de la mission britannique une certaine réserve, alors que la mission française manifestait une grande sympathie pour l’idée de la coopération du Portugal au front des Alliés en Europe. Après quelques mises au point entre les gouvernements britannique et portugais, un mémorandum sur les conditions d’emploi des forces portugaises en zone des opérations britanniques fut signé, en accord avec le gouvernement français, quelques jours seulement avant le départ des troupes portugaises pour Brest. L’accord stipulait notamment que les troupes portugaises en France seraient sous les ordres du commandement supérieur britannique et que la fourniture du matériel et des transports resterait à la charge du gouvernement britannique. Les forces du C.E.P. qui formaient initialement une division renforcée étaient constituées par trois brigades d’infanterie à deux régiments de trois bataillons chacun, de quatre groupes de mitrailleuses lourdes, sept groupes de batteries à tir tendu et courbe, neuf batteries de mortiers de tranchée, et divers autres unités. Ces unités et formations représentaient les effectifs suivants :
Fin avril 1917, 16 bataillons d’infanterie et cinq batteries d’artillerie avaient rejoint le site de concentration d’Aire-sur-la-Lys.
Début février 1917, le C.E.P. avait été élevé au rang de corps d’armée à deux divisions, mais pour former un corps d’armée similaire aux unités britanniques, il manquait aux forces portugaises environ 14.000 hommes, dont 550 officiers . De plus, le changement du C.E.P. en un corps d’armée entraînait l’organisation d’un corps d’artillerie lourde portugais (C.A.P.L.) à deux groupes, chacun de trois batteries d’obusiers qui seraient fournis par l’Angleterre. L’organisation du C.A.P.L. exigeait un effectif de 123 officiers, 2.446 soldats et 12 obusiers. Le C.E.P. rencontrait deux difficultés pour augmenter ses effectifs et même les maintenir : d’une part, le refus britannique de mettre à disposition des transporteurs maritimes, alors que le gouvernement britannique avait donné son accord pour porter le C.E.P. à deux divisions, et d’autre part le récent régime des permissions décidé par le nouveau gouvernement de Sidonio Pais, qui contrariait l’action du C.E.P. et ne permettait plus de maintenir sur le front les effectifs nécessaires. Le problème majeur du C.E.P. provenait du manque d’officiers pour encadrer les troupes, soit parce que certains avaient pu partir au Portugal dans une nouvelle affectation et qu’ils n’avaient pas été remplacés, soit qu’ils étaient partis en permission au Portugal et qu’ils avaient pu la prolonger grâce à la mansuétude du nouveau gouvernement. Une statistique montre que sur 1.912 officiers qui prirent une permission, 1.090 seulement revinrent. Dans le même temps 519 soldats bénéficièrent d’une permission mais tous revinrent. En 1918 la situation du C.E.P. était critique. Le non remplacement des officiers en permission contribuait à affaiblir le moral des troupes et augmenter leur indiscipline. Par ailleurs, une épidémie de typhus apparue au Portugal fournissait aux Alliés la raison ou le prétexte de ne pas transporter des renforts pour la France. L’opposition du gouvernement britannique et la complaisance avec laquelle le gouvernement portugais se soumit, firent que les troupes portugaises du front, incomplètes et mal encadrées, furent surprises par les Allemands le 9 avril 1918. Après la bataille du 9 avril, précédée d’un acte d’insubordination d’un bataillon d’infanterie que le gouvernement portugais avait semblé soutenir, 10 à 15.000 hommes de renfort étaient nécessaires. L’ambassadeur portugais à Londres continuait à insister pour obtenir des transports mais il n’y avait rien à espérer, parce que les Américains devaient transporter un million d’hommes pour l’Europe et que tous les navires de transport anglais étaient réquisitionnés par les États-Unis et (dans une moindre mesure) le Canada. Avec l’arrivée d’un million de combattants américains, le contingent portugais " faisait l’effet d’une misérable goutte d’eau dans un océan de baïonnettes" et intéressait beaucoup moins qu’en 1916 les forces britanniques.
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